« Ça me fait plaisir de contribuer à faire évoluer l’image des femmes dans la construction »

Mathilde a étudié le latin et le grec à l’université, mais ne se voyait pas devenir professeure. Après ses études, elle enchaîne les petits boulots, sans vraiment trouver sa voie. A 27 ans, elle décide de changer de cap : elle veut bouger, travailler dehors, faire quelque chose de concret. Elle se lance alors dans une formation de trois ans à l’IFAPME, et devient charpentière. Depuis 2020, entre les aléas du secteur et ceux liés au Covid, elle change plusieurs fois d’entreprise, Aujourd’hui, elle a trouvé sa place avec un CDI chez ICO Ingénierie et Construction. Pour elle : «La construction, ce n’est pas juste un métier : c’est une passion».

Mathilde a étudié le latin et le grec à l’université, mais ne se voyait pas devenir professeure. Après ses études, elle enchaîne les petits boulots, sans vraiment trouver sa voie. A 27 ans, elle décide de changer de cap : elle veut bouger, travailler dehors, faire quelque chose de concret. Elle se lance alors dans une formation de trois ans à l’IFAPME, et devient charpentière. Depuis 2020, entre les aléas du secteur et ceux liés au Covid, elle change plusieurs fois d’entreprise, Aujourd’hui, elle a trouvé sa place avec un CDI chez ICO Ingénierie et Construction. Pour elle : «La construction, ce n’est pas juste un métier : c’est une passion».

Pourquoi avoir choisi ce métier ?

Je viens d’une famille d’agriculteurs, et au départ, je pensais me lancer dans ce domaine. Mais les enjeux économiques m’ont un peu refroidie. Alors j’ai cherché un métier concret, où je pouvais rester active, et la construction m’est apparue comme une bonne alternative.
J’ai suivi une formation pour adultes de trois ans : un jour de cours par semaine, accompagné d’un stage, soit bénévole, soit à temps plein en entreprise. J’ai fait un peu des deux, selon mes possibilités financières.
En dernière année, j’ai effectué un stage à temps plein dans une entreprise spécialisée dans les maisons en bois, qui m’a ensuite embauchée pendant un an et demi. C’est principalement dans ce type de construction que j’ai travaillé.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

J’aime beaucoup être à l’extérieur, bouger. Ça me fait vraiment du bien. Même quand il fait froid ou moche, on rentre le soir avec une bonne fatigue. J’apprécie aussi le côté très concret du métier : on voit le résultat de ce que l’on fait. On construit des maisons : « On est un maillon indispensable de la chaine pour que les gens puissent avoir un toit. »
J’aime aussi devoir réfléchir à des solutions. Il y a toujours des imprévus, des petits problèmes à résoudre. Comme on construit une grande partie des maisons nous-mêmes, on touche à d’autres corps de métier, on doit aussi penser à ce que les suivants vont devoir faire.
Aujourd’hui, je suis dans une entreprise qui attache beaucoup d’importance à la qualité, au respect des normes, au travail bien fait et c’est important pour moi.

En quoi consiste votre travail au quotidien ?

Quand on prépare une maison, on commence par la maçonnerie : creuser les fondations (généralement déjà terrassées), étendre des plastiques, poser les coffrages, ferrailler…Une fois le béton coulé, on revient pour poser et maçonner les blocs.
Ensuite, c’est l’arrivée des murs : des journées intenses, 100% bois. On utilise le talkie-walkie pour se coordonner avec le grutier, chacun à un rôle défini : guider, sécuriser, préparer l’arrivée des différents éléments.
Après ça, on passe à des travaux de finitions comme le bardage et l’isolation extérieure, qui peuvent prendre plusieurs semaines voir un mois.
Bardage : C’est le revêtement d’une maison, souvent des planches en bois posées verticalement ou horizontalement avec différents styles selon le souhait du client. C’est une alternative à la brique. Il existe aussi des panneaux colorés, souvent en ciment, qui ont beaucoup de succès (aujourd’hui).

Quelles techniques utilisez-vous ?

L’ossature bois, c’est une technique qui peut être à la fois ancienne et très moderne. Tout dépend de l’entreprise. Personnellement, j’ai toujours travaillé dans de petites structures, avec moins de 10 ouvriers, où on faisait quasiment tout nous-mêmes. On commandait le bois, mais c’était à nous de dessiner les plans, tailler les pièces et les assembler sur chantier.
Aujourd’hui, c’est un peu différent. Je travaille avec des panneaux de bois collé, imaginés par le dessinateur de l’entreprise, pré-découpés et préfabriqués en usine. Nous on s’occupe de tout ce qui précède la pose des murs : fondations, maçonneries, préparations… Puis on reçoit les murs sur camion, on les assemble, on monte les planchers et les charpentes. On construit toute la maison.
J’aime les deux approches. Ici, je touche à plein de choses : fondations, dalle de béton, murs porteurs… J’apprends énormément.
Dans toutes les entreprises où j’ai travaillé, on ne se limitait pas à un seul poste. On faisait la charpente, les planchers, les murs, la finition externe, le bardage, la toiture… Ce sont toutes ces compétences annexes qui sont intéressantes.

Quels défis avez-vous rencontrés ?

Au début, l’apprentissage a été difficile. Je suis très scolaire, et j’étais confrontée à un univers qui était complètement différent, avec une autre manière de penser. J’ai dû repartir de zéro, acquérir de nouveaux réflexes et des références que je n’avais pas. Mais ça m’a beaucoup appris : j’ai gagné en confiance, en initiative et en prise de décision. Être dans l’action, c’est une vraie leçon.
Physiquement aussi, c’était un défi, je fais 1m60 pour 50 kilos. Je fais un peu d’entraînement à côté pour suivre le rythme sans me blesser, c’est important. Aujourd’hui, je me sens plus forte, je progresse.
Je suis contente, ça me convient : je vois ce que je fais, je me dépense, je me sens beaucoup mieux, je dors bien. J’aime être à l’extérieur, ça a plein d’effets positifs sur ma vie

Avez-vous une anecdote à nous partager ?

Dans une ancienne entreprise, on avait une réunion de chantier avec un maçon, un architecte, mon patron et moi. A l’époque, je dessinais les plans de l’ossature de la maison. Le maçon s’adressait uniquement à mon patron, j’étais invisible.
A un moment, j’ai commencé à poser des questions sur mes plans. D’un coup, le maçon et l’architecte ont levé la tête l’air de réaliser que j’étais plus qu’une simple décoration. Le maçon, s’est penché vers mon patron et a demandé en me désignant : « C’est qui elle ? », alors que j’étais juste à côté. Mon patron a répondu : « c’est ma dessinatrice. »
Par la suite, c’est avec moi que l’architecte communiquait principalement. C’est marrant de voir que les aprioris peuvent tomber dès qu’on écoute vraiment la personne en face, alors les discussions deviennent d’égal à égal.

Être une femme dans la construction est-ce que ça change quelque chose selon vous ?

Je pensais que ça serait plus difficile, mais je n’ai jamais vraiment souffert de ça. Les seuls aprioris venaient de ma famille : « Pourquoi tu fais ça ? », « Tu n’y arriveras pas », « Laisse tomber… ». Aujourd’hui, ils ne disent plus rien.
Certains de mes patrons m’ont confié que la présence d’une fille apportait quelque chose de différent à l’équipe, une ambiance adoucie. Je ne suis pas la plus discrète, mais je ne parle pas à tord et à travers. Je ne prends pas beaucoup de place, mais je ne crains pas l’humour gras, et je ne me laisse pas démonter.
Avec une fille sur chantier, mes collègues prennent le temps de réfléchir avant de parler.

Ce sont des métiers hyper valorisants et très gratifiants. Il faut dépasser les barrières qu’on se met et oser !
Mathilde
Charpentière

Quelle est votre expérience en tant que femme dans la construction ?

C’est plutôt une expérience positive. Je me sens valorisée en tant que femme dans ce métier. Je dépasse les stéréotypes qui peuvent rester fort, et ça renforce ma confiance en moi. Ce métier m’apporte aussi des outils au quotidien : oser réparer des choses ou grimper sur un toit.
Ça me fait plaisir de contribuer à faire évoluer l’image des femmes dans la construction. Et de pouvoir dire à d’autres : « Si vous en avez envie, c’est possible », « Si vous aimez travailler dehors et relever des défis physiques et mentaux, alors ce secteur peut vraiment vous convenir.

Quel conseil donneriez-vous à une fille qui hésite à se lancer dans la construction ?

Je conseillerais de contacter des entrepreneurs pour leur poser des questions, c’est ce que j’avais fait. Ce sont des métiers hyper valorisants et très gratifiants. Il faut dépasser les barrières qu’on se met et oser !
C’est une profession qui s’apprend sur le long terme, on n’a jamais fini d’apprendre.
A partir du moment où on y va, autant y aller à fond !

Merci à Mathilde pour son témoignage et à l’entreprise ICO Ingénierie et Construction pour son accueil.

Wallonie