La menuiserie au féminin: deux parcours inspirants
Elles manient scie circulaire et raboteuse avec assurance. Carine et Émeline, deux femmes aux parcours…
Pourquoi avoir choisi ce métier ?
«J’adore être dehors et apprendre plein de nouvelles tâches. Chez Habi Road, les journées ne se ressemblent pas : un jour je suis la grue, le lendemain je fais de la maçonnerie ou du carrelage. C’est ça que j’adore : faire toujours quelque chose de différent».
Vous avez suivi des études de fleuristerie, alors pourquoi la construction ?
«J’ai étudié l’art floral, mais je m’ennuyais : toujours les mêmes bouquets, les mêmes montages, pour les mêmes clients. Mon grand frère m’a parlé d’une place en CDD dans son entreprise, pour 3 mois. A la fin, ils m’ont proposé un PFI via le Forem : je travaillais tous les jours chez eux et me formais à côté.
Aujourd’hui, je suis manœuvre, mais je veux apprendre un maximum. Ce que j’aime, c’est varier les tâches, découvrir de nouvelles choses. Je ne saurais même pas dire ce que je préfère, j’aime vraiment tout faire».
En quoi consiste votre travail au quotidien ?
«Le matin, on arrive sur le chantier et on découvre le projet du jour. Peu importe que ce soit du pavage, du carrelage, de la maçonnerie ou du terrassement. Notre chef nous explique ce que l’on va faire, on regarde les plans, on prépare le matériel, et c’est parti. Ca ne se passe pas toujours comme prévu, mais une fois que c’est fini, on est contents de notre travail… ou pas d’ailleurs».
Philippe avez-vous déjà travailler avec des ouvrières avant ?
« J’ai déjà travaillé avec des femmes, mais il s’agissait principalement de conductrices de travaux. Une ouvrière, c’est la première fois. Les femmes ont une approche différente : les hommes sont plus directs, les femmes plus subtiles dans leur façon de s’exprimer. C’est ce que j’aime dans le fait de travailler avec elles.»
Juliette, quels défis avez-vous rencontrés et comment les avez-vous surmontés ?
«Il y a plein de choses que je pensais ne pas savoir faire, comme soulever des charges lourdes. Je me disais que je n’y arriverais jamais, mais avec le temps la force est venue. Maintenant je sais que je peux tout faire.
J’ai aussi le vertige depuis toujours. Un jour, on m’a demandé d’aller sur une nacelle à trois mètres pour arracher des plantes, j’étais persuadée que je ne pourrais pas…Finalement ça a été.
Gérer les erreur c’est un autre défi. Si on maçonne un mur de travers, il faut tout démonter et recommencer. On fait tous des erreurs, c’est comme ça qu’on apprend».
Vous parlez de la musculature, alors, comment cela se passe-il?
Juliette: «Je vais à la salle de sport, et comme je travaille tous les jours avec des charges lourdes, je me muscle forcément. Si les hommes peuvent se muscler à la salle, les femmes aussi.»
Philippe: «Moi, je dis toujours que ce n’est pas avec les muscles qu’on travaille, mais avec le cerveau. Tu veux bouger une bordure de 140 kg ? Il faut savoir le faire sans se faire mal et sans trop forcer. Ca s’apprend. Les muscles qu’on utilise surtout, ce sont les cuisses, pas le dos.
On plie les jambes pour soulever un sac de ciment, on ne force pas avec le dos. Si on apprend pas à bien porter, homme ou femme, on ne pourra pas bien lever les charges. Ca vaut pour tout le monde.»
Est-ce que ça change quelque chose d’être une femme dans la construction ?
Juliette : « Aux yeux des gens, oui, ça peut changer quelque chose. Mais pour moi, non : je suis capable de faire la même chose qu’un homme.
Physiquement il n’y a pas vraiment de différence. J’ai pris de la masse musculaire. On me dit souvent que je suis plus minutieuse, plus précise. C’est vrai, je prends plus de temps, mais je préfère faire les choses proprement. »
Philippe : « Les femmes ont aussi des mains plus fines, c’est un avantage. Il faut reconnaître certaines qualités. »
Juliette : « C’est vrai qu’au début, j’avais les doigts plus fins… Maintenant, ils sont plus épais, peut-être plus musclés. La paume des mains s’est durcie. Le corps s’adapte, il se muscle avec le temps. »
Juliette, comment ce sont passés vos débuts dans la construction ?
« Au début, je n’étais pas comme maintenant. J’avais un peu peur, je ne savais pas trop comment m’intégrer, si je devais parler comme eux. Mais une fois que tu dépasse cette peur et que tu vas vers les autres, ça se passe bien.»
Philippe : « La timidité, ça dépend des gens, homme ou femme. Quand je vois quelqu’un de renfermé, je vais lui parler pour aider un peu. Mon job, c’est que tout le monde comprenne ce qu’il doit faire ; et le fasse bien, peu importe le genre. Ce qu’on cherche, ce sont des personnes qui ont envie d’apprendre et de bosser. C’est ça qui compte.»
Y-a-t-il a un projet dont vous êtes particulièrement fière ?
«Il n’y a pas longtemps, mon patron m’a dit : « Je vais t’envoyer sur chantier, tu seras avec un grutier, tu seras sa suiveuse. » Le grutier était un machiniste, donc je n’étais pas complètement livrée à moi même, mais j’étais la seule au sol. Et là, je panique : j’avais jamais eu autant de responsabilités sur un chantier. D’habitude, même quand je travaille en autonomie, il y a toujours des collègues autour.
Le patron est venu le matin pour m’expliquer : je devais monter un grand mur en pierre pour réparer une berge. Il m’a montré les plans, mais dans ma tête, je me disais que je n’y arriverais jamais. Il fallait que je gère le chantier de A à Z : le matériel, l’organisation, et expliquer au grutier ce que j’avais besoin qu’il fasse.
Franchement, je ne voulais pas y aller. Et puis je me suis dit : « Let’s go, au pire si on rate, on recommence et/ou on se fait aider. »
Finalement, tout s’est bien passé. Le chantier était prévu pour un mois, et je l’ai terminé en deux semaines. Avec quelques heures sup’ quand même ! (rires)
On a eu des galères, des choses qui ne fonctionnaient pas, on a dû s’adapter. Mais à la fin, tout a été fait dans les temps, et j’ai même reçu des remerciements. »
Quel conseil donneriez-vous à une fille qui hésite à se lancer dans la construction ?
Juliette : « Fonce ! Il faut y aller, prouver qu’on est capable. On l’est toutes ! Il faut le montrer, et surtout ne pas se laisser faire. On m’a souvent dit que, parce que j’étais une fille, j’apportais un petit plus : plus de précision, de propreté, le sens du détail. Et ça plaît beaucoup à mes patrons. »
Philippe : « Pour moi, la répartition des genres, ça n’a plus lieu d’être. Il y a bien des hommes puériculteurs ou infirmiers aujourd’hui. Le genre ou l’orientation sexuelle, je ne m’en soucie pas. Ce qui importe, c’est ce qu’il se passe sur chantier : le travail ! »
Merci à Juliette et Philippe pour leur témoignages et à l’entreprise Habi Road pour son accueil
