Laurence, charpentière : « Ce n’est pas une question de capacité, mais bien d’apprentissage … »

Laurence a mis du temps à trouver sa voie. Après des études en HEC à Liège, qui ne lui conviennent pas. Son père a fondé une entreprise de construction, et elle a toujours aimé bricoler, être dehors, se débrouiller. Curieuse, elle décide d’essayer le métier. Séduite, elle y reste. Depuis six ans, elle est ouvrière charpentière dans l’entreprise familiale, où elle touche à tout. Avec énergie et enthousiasme, elle nous raconte son parcours dans un métier où elle s’épanouit pleinement.

Laurence a mis du temps à trouver sa voie. Après des études en HEC à Liège, qui ne lui conviennent pas. Son père a fondé une entreprise de construction, et elle a toujours aimé bricoler, être dehors, se débrouiller. Curieuse, elle décide d’essayer le métier. Séduite, elle y reste. Depuis six ans, elle est ouvrière charpentière dans l’entreprise familiale, où elle touche à tout. Avec énergie et enthousiasme, elle nous raconte son parcours dans un métier où elle s’épanouit pleinement.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

Ce que j’aime c’est que ça bouge tout le temps. Le travail est varié, avec des défis à relever chaque jour. Sur chantier, quand un problème se présente, il faut réagir vite et efficacement. J’aime bien ces challenges, je trouve ça stimulant.

En quoi consiste votre travail au quotidien ?

Chaque matin, on commence au dépôt : on charge la camionnette, on prépare le matériel et on part sur chantier. On amène nous-même toute la marchandise sur chantier. En charpente, on travaille en équipe, avec chacun son poste : un à la grue, un en façade avant, un en façade arrière. On mesure, on pose, on termine, on range, et on rentre.
Ça c’est pour la charpente, mais je touche à tout : isolation, bardage en bois, couverture… Chaque jour est différent. J’apprends surtout sur le tas avec mes collègues, puisque je n’ai pas de formation de base dans le métier. Au début, j’étais juste débrouillarde, je n’avais pas peur d’utiliser les outils. Depuis, j’ai suivi une quinzaine de formations techniques, chez des fournisseurs par exemple. En général, j’ai déjà manipulé les matériaux sur chantier avant d’arriver en formation, ce qui permet d’affiner et de mieux comprendre les techniques.

Quels défis avez-vous rencontrés ?

On travaille beaucoup avec des camions-grues pour déplacer nos charpentes, qui sont lourdes et volumineuses. Parfois, il faut chercher où placer le camion pour pouvoir manœuvrer correctement.
Parfois, on arrive sur chantier et on se rend compte que la maçonnerie ne correspond pas tout à fait, ou que la charpente ne s’adapte pas parfaitement. Dans ces cas-là, il faut improviser : recouper une pièce ou en ajouter une pour compenser. Si ce n’est pas possible sur place, on doit tout remballer pour faire les modifications en atelier.
On est quatre sur chantier, et l’objectif est de trouver rapidement une solution pour que personne ne reste bloqué, surtout quand on a des chantiers d’une seule journée, où on ne peut pas se permettre de perde du temps.

Y a-t-il un projet ou une réalisation dont vous êtes particulièrement fière ?

Je suis fière d’avoir construit ma maison. On a fait une ossature bois, toute la structure porteuse est en bois. On a aussi réalisé les charpentes, les cloisons, posé les châssis, fait l’isolation et la couverture. Il restait un peu de maçonnerie et tout ce qui était technique à l’intérieur, qu’on a sous-traité.
J’ai pu réaliser une bonne partie de la structure avec mon compagnon, d’autres parties avec mes collègues, et j’ai suivi tout le chantier du début à la fin.
Je n’aurais pas pu le faire sans l’expérience acquise sur chantier, qui m’a permis de bien comprendre tous les aspects techniques

Je remarque surtout les regards des passants quand je travaille en hauteur sur les échafaudages. Souvent, ils viennent me dire qu’ils trouvent ça super, qu’ils n’avaient jamais vu ça avant.
Laurence
Charpentière

Avez-vous une anecdote à nous partager ?

Côté accueil, comme je fais partie de la famille des gérants, mes collègues ont toujours été cool avec moi. Mais j’avoue que je ne sais pas trop si c’est à cause de ma position ou parce qu’ils accueillent bien les femmes en général. J’ai une collègue qui est arrivée avant moi et qui est super bien intégrée, elle a un peu ouvert la voie.
Par contre, sur les chantiers, avec les autres corps de métier, c’est une autre histoire. Ils sont souvent surpris, et c’est rare qu’ils viennent directement me parler. Ils vont trouver mes collègues pour dire « c’est quand même bizarre de travailler avec une femme ». Mais on ne me le dit jamais en face.
Je remarque surtout les regards des passants quand je travaille en hauteur sur les échafaudages. Ils me regardent deux fois, comme pour vérifier s’ils ont bien vu, et souvent ils viennent me dire qu’ils trouvent ça super, qu’ils n’avaient jamais vu ça avant.

Être une femme dans la construction est-ce que ça change quelque chose ?

Je pense qu’on a le même cerveau que les hommes. Après, c’est vrai qu’en force brute on en a un peu moins, mais avec la modernisation et tout l’outillage, on a de moins en moins besoin de porter. Par exemple, nous on travaille toujours avec une grue.

Sinon, il n’y a pas de difficultés particulières à être une femme sur chantier. Le métier est physique, on passe beaucoup de temps à grimper, monter, descendre, donc ça demande surtout de l’endurance et un peu de condition physique. C’est pareil pour un homme ou une femme.

Un avantage auquel je pense, c’est que les gens se souviennent de moi parce que ça les surprend. Du coup, quand je les rappelle pour un suivi de chantier, c’est souvent plus facile. C’est un avantage d’être encore en minorité, le jour où on sera à égalité ça ne marchera plus ! (Rire)

Travailler avec une autre femme ça change quelque chose ?

On n’est pas souvent dans la même équipe, elle a la sienne avec trois collègues. De temps en temps je la remplace, et là ça marque encore plus parce qu’on est deux femmes et deux hommes sur chantier.
Je m’entends très bien avec elle, mais c’est une collègue comme un autre.

Quelles compétences sont essentielles dans l’exercice de votre métier ?

Je pense que pour évoluer dans ce métier, il faut savoir réagir vite, distinguer ce qui est important de ce qui l’est moins, et bien répartir le travail.
Chez nous, on a des gars qui aiment la routine, mais dès qu’on leur demande autre chose, ça les met mal à l’aise. Moi, pas du tout : en 6 ans, j’ai fait plus de choses différentes que certains qui restent toujours sur la même tâche. Ça les rend très rapides et spécialisés, mais pas très flexibles. C’est un avantage quand les chantiers sont rapides, parce qu’il faut que ça s’enchaîne vite.
Après, tout le monde n’a pas besoin d’être réactif ou de prendre des décisions. Il y a un chef d’équipe pour ça, parfois un second, les autres exécutent. Donc pour ceux qui ne veulent pas de ce rôle, ils peuvent être membre des équipes et continuer comme ça.

Quel conseil donneriez-vous à une fille qui hésite à se lancer dans la construction ?

Je dirais qu’il faut oser, mais surtout trouver un employeur qui te donne la chance d’oser. Souvent, les filles n’ont pas autant manipulé d’outils étant jeunes.
Ce n’est pas une question de capacité, c’est juste une question d’apprentissage, il faut s’y mettre.

C’est pareil pour gérer l’équilibre ou la peur du vide, souvent les filles ont moins d’occasion de s’exposer à ces situations, on leur dit plus vite de faire attention.
Aux parents, je dirais de laisser leurs enfants grandir sans les stéréotypes de genre. Si toute notre enfance on nous apprend à « être une fille », on ne va même pas penser que certains métiers peuvent nous convenir, alors que si. Faut oser penser différemment, croire qu’on a notre place et foncer.
Tant que les mentalités ne changeront pas, ça restera compliqué. Et c’est par l’éducation qu’on change tout ça, il faut commencer bien plus tôt.

Je vois que ça évolue, même ceux qui ne sont pas très concernés se rendent compte que c’est l’éducation qui fait que les filles sont souvent vues comme douces, délicates et empathiques et les garçons comme courageux et intrépides.

Merci à Laurence pour son témoignage et à l’entreprise Charpentes Halleux pour son accueil !

Wallonie